Jusqu’au XVIIIème siècle, dans la vallée de la Marne, au centre du département de la Haute-Marne, le village de Froncles vécut sans bruit côte à côte avec le village de Buxières, à l’ombre du château seigneurial.
Qu’y avait-il d’écrit jusqu’alors sur ces lieux ignorés de la vallée ? Rien qui puisse leur donner une existence dans la Grande Histoire.
Au Siècle des Lumières pourtant, on commença d’y vivre et travailler sous une identité propre, celle que lui donna l’activité métallurgique particulière quasiment ininterrompue jusqu’en 1990, de la fabrication de la tôle.
C’est entre 1754 et 1757 que la petite forge du comte de la Vallée de Rarécourt de Pimodan a commencé à battre le fer pour produire de la tôle. A maintes reprises après la Révolution, elle aurait pu disparaître, elle survécut pourtant, petitement, jusqu’en 1858 date à laquelle le fils du vieux propriétaire, le jeune Télèphe de Bonnecaze, la transforme en forge anglaise.
Ainsi, durant les deux siècles et demi qui suivirent, la forge caractérisée par la fabrication de la tôle, et les deux villages de Froncles et Buxières, ont cheminé ensemble, indispensables l’un à l’autre.
Afin que cette histoire qui est celle des propriétaires successifs, des ouvriers et des transformations techniques, ne tombe dans l’oubli, qu’elle parle à ceux qui s’y retrouveront, et qu’elle laisse des traces vives pour les générations futures, l’auteure entreprend de remonter le temps pas à pas, depuis les origines jusqu’au début du XXème siècle.
Histoire des hommes et des techniques
L’existence de la forge de Froncles est le fruit de conjonctions topographiques favorables qui n’auraient cependant pu prendre forme ni se perpétuer sans la volonté des hommes.
Les épreuves traversées durant les 150 années couvertes par cet ouvrage, révolutions, guerres, épidémies, ont ralenti épisodiquement son évolution. Chaque fois, un homme, une famille entreprenants ont pris le risque de la faire rebondir à des moments coïncidant opportunément aux évolutions des temps et des techniques.
On pourrait voir ainsi au fil de son histoire une nécessaire complémentarité entre l’ambition par ceux qui le possèdent de faire prospérer le capital, et la force de travail des hommes, si les forgerons n’avaient été confrontés sans protection sociale ni pour eux ni pour leur famille, à des conditions de travail et de vie extrêmement pénibles.
Le lent progrès social dont ils bénéficièrent leur assura lentement un minimum de vie décente tout en les maintenant dans la dépendance. C’était l’expression du paternalisme qui fit que l’intérêt du village finit par se confondre avec celui de la forge.
La suite dans un second ouvrage en cours de rédaction
A partir de 1927, l’histoire contemporaine de cette forge s’est trouvée liée à celle de la Société des Automobiles André Citroën. Sa traversée d’un siècle marqué par les crises économiques et deux guerres mondiales, connaîtra d’autres bouleversements qui feront l’objet d’un second ouvrage.






















